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Why concentrated media ownership is great for corporate profits, dangerous for democracy. Part 1 of 3

This article originally appeared at TheTyee.ca — une version traduite se trouve ci-dessous

Imagine a world where your morning newspaper is published by the same company that produces your children’s textbooks.

The same corporation also owns your local TV news station, plus the national 24-hour news channel. In fact, they own the cable service, so they decide which channels to offer. Several of those channels also belong to the corporation, so if you find their regular news programming boring or depressing, you can watch celebrity news. Or sports. Or game shows. Or reality TV. Or kids’ shows. They even have a movie channel. In fact, they make movies, so if your attention span is long enough, you can watch a film produced by the same company that publishes the magazines and novels that you read.

They also produce the music that you listen to. If you want to buy more tunes, they run the online store. That’s where you can get concert DVDs and box sets of your favourite shows, produced by the same corporation. They also own your internet service provider – and the cell phone network. So if you want more news and views that you can’t find in the newspaper, well, there’s an app for that. Actually, there’s a whole news site, with stories from all across Canada. They own that, as well as the press agency that filters and wholesales all the content, nation-wide. They also design the ads you see in between their other content – online, in print, and on TV. It doesn’t matter which “platform” you turn to – their content is there, cross-promoting their other content, on other platforms.

If you need to get away from all this, they put on concerts (featuring the same artists that populate their universe of hit records and reality shows.)

But for truly sustained distraction, nothing beats professional sports. That’s why they own your local NHL team, run the arena, and broadcast the games. The only catch is – if you want to watch hockey, you have to subscribe to their cable service.

I’m not describing some dystopian future fantasy. The hockey team is on hold for the moment, but otherwise this is reality in 2011 in francophone Québec. The corporation is Quebecor, and the media assets described are real. It’s possible, especially if you don’t speak English, to spend a day, a week, or longer entirely within Quebecor’s media universe.

Continue reading at TheTyee.ca

PKP on the left, Quebec City mayor Regis Labeaume on the right

Un avertissement en provenance du Québec

Imaginez un monde dans lequel votre quotidien est produit par la même entreprise que les manuels scolaires de vos enfants. La même entité possède aussi votre station de télévision locale et la chaîne de nouvelles en continu nationale.

En fait, ils sont propriétaires du câble et peuvent par conséquent décider quels canaux offrir. Plusieurs de ces canaux leur appartiennent aussi, de sorte que si vous trouvez l’actualité trop ennuyante ou déprimante, vous pouvez regarder des potins artistiques. Ou du sport. Ou des quiz télévisés. Ou de la téléréalité. Ou des émissions pour enfants. Ils ont même une chaîne de films, de sorte que si vous pouvez rester concentré suffisamment longtemps, vous pouvez regarder un film produit par la même entreprise qui est aussi derrière les magazines et les romans que vous lisez.

Ils produisent aussi la musique que vous écoutez. Si vous souhaitez acheter quelques chansons, ils sont derrière la boutique en ligne qui va vous les vendre. C’est aussi là que vous trouverez des DVD de séries télé ou de concerts qu’ils ont produits.

Ils possèdent le fournisseur d’accès à Internet et le réseau de téléphone sans fil. Si vous souhaitez consulter des nouvelles ou points de vue que vous ne trouvez pas dans votre journal, il y a justement une application pour ça. En fait, il y a un site d’information en entier, avec des nouvelles venant de partout au Canada. C’est à eux, tout comme l’agence de presse qui filtre et vend en gros tout le contenu, d’un océan à l’autre.

Ils composent aussi les publicités qui s’insèrent dans leur autre contenu: en ligne, en imprimé et à la télé. Peu importe la plateforme vers laquelle vous vous tournez, leur contenu est là, faisant la promotion de leur autre contenu et de leurs autres plateformes.

Si c’est trop pour vous et que vous devez vous évader, ils offrent aussi des concerts (mettant en vedette ces mêmes artistes qui habitent leur univers de musique populaire et de téléréalité). Mais pour du vrai divertissement de longue haleine, rien ne bat le sport professionnel. Voilà pourquoi ils sont aussi propriétaires de votre équipe de la LNH, gèrent l’aréna et diffusent les matchs. Le seul hic: si vous voulez regarder les matchs, il faut vous abonner à leur service de câble.

La réalité québécoise

Ce que je viens de décrire n’est pas une obscure vision du futur. Le projet d’équipe de hockey est sur la glace, mais autrement, c’est la réalité en 2011 dans le Québec francophone. L’entreprise s’appelle Quebecor et les propriétés médiatiques en question sont bien réelles.

Il est possible, particulièrement si vous ne parlez pas anglais, de passer une journée, une semaine ou même plus longtemps encore sans jamais sortir de l’univers médiatique de Quebecor.

Ce que cela signifie, c’est qu’une entreprise détient un pouvoir démesuré d’influencer l’opinion publique au Québec. En choisissant de quoi elle parle, et de ce dont elle ne parle pas, Quebecor peut délimiter de façon invisible le lot d’idées auxquelles ses consommateurs sont exposés, voire suggérer lesquelles sont ou ne sont pas légitimes.

Mais pour être en mesure de définir une culture complète de la sorte, les médias ne suffisent pas. D’où l’intérêt pour les actifs liés au divertissement et, maintenant, une équipe de la LNH. Le retour des Nordiques semble être devenu la clé du plan d’affaires à long terme de l’entreprise, en plus d’être une obsession personnelle pour son PDG, Pierre Karl Péladeau. Depuis un an, il utilise tout le reste de son empire comme levier pour en faire une réalité.

PKP, comme on l’appelle, fait face à un dilemme. Pour obtenir une équipe, il doit avoir un aréna. Mais pour obtenir ce dernier, il doit convaincre les Québécois, et leurs élus, qu’il a des chances réalistes d’obtenir une équipe de la LNH. C’est la plus récente des tentatives de Quebecor d’influencer l’environnement culturel et politique québécois.

Si elle réussit, l’entreprise se retrouvera en position de financer d’autres acquisitions encore plus importantes, et probablement devenir un sérieux rival pour les trois autres titans canadiens des industries des médias et des télécoms: Bell, Rogers et Shaw.

La guerre que mène Quebecor contre Radio-Canada s’intensifierait aussi. Que ce soit clair: je ne favorise pas un diffuseur plutôt qu’un autre. J’y reviendrai. Mais la doctrine acceptée de «convergence médiatique» — dont l’exemple de Quebecor illustre la définition du dictionnaire — a des effets secondaires dangereux pour nous, citoyens-consommateurs.

Bientôt sur vos écrans

La question de l’équipe de hockey sera à l’avant-plan ce mois-ci, quand les élus du parlement provincial québécois vont recommencer à siéger à l’Assemblée Nationale. Ce que Péladeau veut de leur part, c’est une loi taillée sur mesure pour lui. Le projet de loi déjà sur la table protégerait de façon rétroactive le contrat d’une durée de 25 ans qu’il a signé avec la Ville de Québec. (Comme vous savez, la Ville et le gouvernement provincial ont déjà accepté de partager les coûts de construction estimés à 400 M$. Quebecor n’investira pas un sou pour construire l’aréna lui-même.)

La raison pour laquelle l’entente de gestion a besoin de la protection urgente d’une loi est qu’elle pourrait bien être illégale. La Ville n’a jamais procédé à un appel d’offres et une poursuite déposée en Cour supérieure vise à faire annuler l’entente précisément pour cette raison.

Les citoyens qui mènent ce combat affirment également que l’entente est injuste pour les contribuables. Ils la comparent à louer une maison de 400 000$ pour 375$ par mois. Une autre estimation basée sur les autres franchises canadiennes de la LNH place le bail offert par Québec entre 20% et 50% de sa valeur marchande.

Des experts en droit indépendants craignent que le gouvernement provincial ne crée un dangereux précédent en l’approuvant. Et pourtant, cette loi spéciale a de bonnes chances de passer.

Pourquoi donc un gouvernement fauché est-il sur le point de construire un majestueux palais du divertissement pour un multimillionnaire, puis de lui en remettre les clés?

Comment en sommes-nous arrivés là?

Comprendre pourquoi vous en dira beaucoup sur le Québec. Et comprendre le Québec, pourrait vous en dire un bout sur où le reste de nous nous dirigeons.

Les gens du Canada anglais devraient porter attention à la saga de l’aréna, aussi idiot que cela puisse paraître. C’est que le Québec n’est plus aussi différent que ce que l’on pourrait imaginer. J’aime parfois le comparer à un aquarium. Le Québec est un réservoir relativement petit, contenu à l’intérieur de cloisons de verre que sont la culture et la langue.

Dans ce réservoir, Quebecor est indiscutablement le maître des lieux. Mais ce que Quebecor a accompli à l’intérieur du Québec, d’autres le testent activement à plus grande échelle dans le Canada anglais. Il ne s’agit pas nécessairement de compétiteurs qui essaient d’imiter le modèle d’affaires de Quebecor. Ce que je dis, c’est qu’il y a un genre particulier d’idéologie politique qui fonctionne très bien à l’intérieur d’un certain genre d’aquarium. Des murs de verre sont en train d’être érigés pour contenir le Canada. Et Quebecor marche main dans la main avec les gens responsables de ce projet inédit.

Les gardiens du temple

Il est difficile d’exagérer l’omniprésence de Quebecor dans le marché médiatique québécois. Aucun de ses compétiteurs ne s’en approche. Quebecor a perçu des revenus de 4 milliards de dollars l’an dernier.

Cela signifie qu’il y a 40 pays dans le monde dont le produit intérieur brut est plus petit que les revenus de Quebecor, qui a dégagé un bénéfice de 230 M$.

L’entreprise n’a pas seulement réussi à éviter le rouge durant la récession, elle a même pris de l’ampleur. Sa division médiatique est toujours très rentable, malgré tous les pronostics de fin du monde prononcés envers les industries de l’imprimé et de la télédiffusion.

Un exemple: malgré un acrimonieux lock-out de ses employés qui a duré 27 mois au sein du navire amiral de son réseau de quotidiens, le lectorat du Journal de Montréal a augmenté.

Le syndicat a finalement rendu les armes en avril, laissant le Journal avec plus de lecteurs et moins d’employés.

Tout au long de ce conflit, le quotidien a été la cible d’un appel au boycottage provenant de ses propres journalistes, mais à côté du gigantesque porte-voix de Quebecor, leurs appels étaient inaudibles et étouffés. Le Journal demeure le troisième quotidien le plus lu au Canada, avec un lectorat hebdomadaire estimé à 1,9 million de personnes.

Au total, Quebecor publie 37 quotidiens payants, plus sept quotidiens gratuits destinés aux usagers du transport en commun. Elle possède aussi plus de 200 hebdomadaires locaux et publications spécialisées. Au Québec, l’entreprise annonce que ses journaux rejoignent à eux seuls 90% de tous les ménages de la province chaque semaine. Ce n’est que la division de l’imprimé.

Quebecor opère aussi le réseau TVA, dont le bulletin de nouvelles est le plus écouté dans tous les marchés du Québec, et LCN, la chaîne d’information en continu la plus écoutée. Son portail d’information en ligne, Canoe.ca, attire 4,1 millions de visiteurs uniques par mois (plus de la moitié de la population de la province).

Ce que cela signifie, c’est que Quebecor s’est positionnée en tant que principal gardien de l’information dans le Québec francophone. Mais elle occupe aussi un deuxième rôle apparenté, comme fournisseur de divertissement.

L’an dernier, 9 des 10 émissions de télévision les plus écoutées au Québec étaient produites par Quebecor. Avec le réseau TVA et sept chaînes spécialisées, l’entreprise diffuse 23 des 30 émissions les plus écoutées de la province.

En plus de produire des films, elle gère et traduit une collection de films anglophones pour diffusion.

Sa division des magazines est aussi prolifique et omniprésente. Debout en file au comptoir-caisse d’un supermarché de Québec cet été, j’ai vérifié combien de magazines sur le présentoir étaient publiés par la même entreprise. La réponse? Neuf sur onze. Maisons de rêve, perte de poids et, bien sûr, potins artistiques — mettant en vedette les mêmes artistes «maison» que l’on retrouve dans le reste de l’univers Quebecor.

Des 11 albums québécois à avoir obtenu la certification Or ou Platine l’an dernier, 10 provenaient de la division musicale de l’empire Quebecor. On peut largement attribuer ces triomphes à répétition à la promotion croisée, via laquelle les propriétés médiatiques de toutes les plateformes de l’empire sont enrôlées pour publier des critiques favorables, du temps promotionnel sur les talk-shows et autres formes de publicité gratuite. Ce modèle de convergence est clairement fantastique pour les affaires. Je crois qu’il est aussi inquiétant pour la démocratie.

«Ce qui est bien pour Quebecor…»

Comme toutes les entreprises importantes, il est important de rappeler que Quebecor est contrôlée par des humains, certains d’entre eux étant très distingués.

Le peu de temps que j’ai pu passer devant Pierre Karl Péladeau a été cordial, voire agréable. Plus important, l’entreprise emploie 16 000 personnes, plusieurs d’entre eux étant des collègues respectés et des amis personnels.

Quebecor a besoin de ces gens pour faire tout cet argent, et pas seulement au profit de ses principaux dirigeants. Environ 45% de l’entreprise est détenu par le plus important fonds de pension au Canada, la Caisse de dépôt et placement du Québec. Quand PKP dit que «ce qui est bon pour Quebecor est bon pour tous les Québécois», il a en partie raison.

Mais du même souffle, l’entreprise réfère naïvement en anglais à ses clients comme étant des «revenue-generating units» («unités de service» dans la version française). En tenant compte de la façon dont l’entreprise traite ses propres employés, il est difficile de croire qu’elle ait beaucoup de respect pour nous.

Durant le lock-out au Journal de Montréal, plusieurs leaders syndicaux ont joint leur voix à celle des piqueteurs, malgré le fait que leur propre fonds de pension était indirectement lié à la performance de Quebecor. Les syndicats ont demandé à la Caisse d’utiliser son pouvoir, à titre de plus important actionnaire, pour résoudre le conflit.

Ce n’est pas arrivé. À mon avis, la victoire décisive de l’entreprise au printemps dernier aux dépens de son plus puissant syndicat a servi un double mandat: premièrement, faire tout ce qu’il faut pour protéger sa marge de profit; deuxièmement, étendre sa bataille éditoriale contre le syndicalisme ou, plus largement, à la gauche politique en général.

Il s’agit d’une vaste accusation et, de fait, le biais journalistique est quelque chose de difficile à prouver.

Quebecor a refusé de répondre aux questions pour cet article. Plus important, l’entreprise a décidé de se retirer du Conseil de presse du Québec. Ce chien de garde indépendant et fonctionnant sur une base volontaire est présidé par le juge à la retraite John Gomery, celui du scandale des commandites, Monsieur Probité en personne.

Le Conseil de presse n’a aucun pouvoir de sanction envers les organismes de presse qui y adhèrent, mais il enquête sur les plaintes provenant du public à propos des règles déontologiques et éthiques. En 2010, Quebecor n’a pas apprécié certaines des décisions du Conseil et a simplement fui.

Comme l’indique la Fédération professionnelle des journalistes du Québec, le groupe Quebecor «ne s’est pas doté du moindre mécanisme crédible pour recevoir et traiter, de manière indépendante, les plaintes du public».

Ses dirigeants vont vous abreuver de l’argument habituel à propos de l’étanchéité de la salle de rédaction par rapport à la salle du conseil d’administration. Mais les anciens employés vont vous raconter quelque chose de très différent. Je ne peux en témoigner moi-même, n’y ayant jamais travaillé. Par conséquent, plutôt que d’évaluer le «biais journalistique» du contenu de Quebecor, je propose la mesure du «biais économique» pour mieux comprendre comment les multiples filiales du groupe, y compris ses divisions d’information, fonctionnent en harmonie.

Voici le portrait: les journalistes de Quebecor oeuvrent au sein d’unités d’affaires qui compétitionnent contre diverses entreprises extérieures, mais qui sont toutes des tentacules du même empire.

Voici un exemple rapporté par le compétiteur La Presse: Quebecor prend des mesures pour éliminer l’iPhone des univers fictifs de ses émissions de télévision dramatiques. Les producteurs tiers de ces émissions ont en effet dû remplir un questionnaire afin de savoir lesquels de leurs personnages utilisaient l’appareil d’Apple et si les téléspectateurs étaient exposés aux sonneries caractéristiques de celui-ci.

Pourquoi? Parce que le réseau de données sans fil de Quebecor n’est pas compatible avec l’iPhone. La logique est diaboliquement simple. Et comme de fait, à travers l’ensemble de l’empire de divertissement de Quebecor, vous auriez de la difficulté à trouver une chanson, un livre ou un article qui pourrait affecter à la baisse le profit de Quebecor à la fin de l’année, ou même simplement remettre en question le modèle d’affaires duquel il est tiré.

Une fois que vous avez identifié le pattern, il est difficile de ne pas l’identifier à nouveau dans la couverture médiatique que fait Quebecor de la saga de l’amphithéâtre de Québec (un conflit d’intérêt direct) ou, puisqu’on y est, de l’ensemble de sa ligne éditoriale.

Des lunettes noires

Je trouve déprimant d’avoir à consommer des nouvelles de Quebecor (pas qu’ils aient le monopole du contenu déprimant). En plus de son sensationnalisme habituel, il vaut la peine de s’attarder aux projets rédactionnels de longue haleine auxquels Quebecor accorde le plus de temps et d’énergie.

Il s’agit ici de séries multiplateformes, articulées autour d’identités visuelles distinctes. Chaque nouvelle itération génère sa part de chroniques et d’éditoriaux négatifs, émis par des chroniqueurs maison qui passent des apparitions à la télévision aux billets écrits, et vice-versa.

«Le Québec dans le rouge» est le fourre-tout pour toutes les histoires concernant l’endettement gouvernemental. On rappelle d’abord au citoyen que le Québec a la plus importante dette de toutes les provinces canadiennes, puis on lui demande subtilement s’ils approuvent des hausses de taxes pour combattre le déficit. Bref, il n’y a pas de bonne réponse.

«Où vont nos impôts?» est une litanie perpétuelle de gaspillage d’argent public, incluant une énumération hebdomadaire de toutes les dépenses et les investissements, alimentée par d’innombrables demandes d’accès à l’information. Il en résulte des manchettes en page frontispice comme des dépenses de 1,7 M$ pour s’occuper des plantes dans les édifices gouvernementaux.

«Otages de la route» était une série sur plusieurs jours pendant laquelle on a tapissé les ondes et les pages d’articles à propos des misères des banlieusards et pourquoi leurs misères quotidiennes sur les routes n’étaient pas près de s’estomper.

La liste continue. Il n’y a pas que les finances publiques et les infrastructures. Le système de santé, l’éducation, l’immigration, la réponse aux catastrophes naturelles: tout peut être observé au travers de la même lorgnette, la thèse voulant que le Québec est cassé et entraîné vers le précipice par une bande de bouffons dépensiers.

Il y a peut-être un fond de vérité à ce dernier point. Les politiciens, après tout, ont tendance à prendre des décisions à court terme, guidées par des préoccupations liées à leur propre survie politique. Mais les entreprises, comme nous le démontre si bien Quebecor dans le dossier de l’amphithéâtre, font des plans pour 25 ans. Les entreprises ont du succès quand elles adhèrent à une vision bien définie, ou à une idéologie centrale. Et il y a certainement une idéologie centrale chez Quebecor.

En plus de prôner la réduction de la taille de l’État, un faible régime d’imposition ainsi qu’une vision pro-entreprises et antisyndicale, un agenda commun à tous les conservateurs (avec un petit «c») du Canada, l’entreprise promeut et épouse un nationalisme québécois d’un genre troublant.

Le vétéran chroniqueur Don Macpherson, de la Gazette, a fréquemment identifié ce qu’il considère comme de la xénophobie virulente dans les pages éditoriales de l’empire Quebecor. (Vous pourriez être surpris de savoir qui écrit ces chroniques. Nous y reviendrons dans la partie III).

La Gazette, en tant que quotidien anglophone, n’est pas en compétition directe avec le Journal de Montréal ou le reste de l’armada de Quebecor. Mais les lecteurs de la Gazette, en tant qu’anglophones, sont constamment pris à partie par les chroniqueurs de Quebecor.

Le Journal de Montréal est connu pour avoir envoyé, sous le couvert de l’anonymat, une journaliste un peu partout en ville, en pleine saison de magasinage des Fêtes, afin d’appliquer en anglais sur des emplois à temps partiel dans des boutiques. La conclusion, sensationnaliste, était à l’effet que si elle pouvait obtenir un emploi à temps partiel au salaire minimum sans parler français, l’identité francophone de la province était en péril.

Le même genre de gamique est appliqué aux immigrants (en particulier les Musulmans) qui sont fréquememnt la cible d’attaques éditoriales ciblées employant la peur. J’en veux pour preuve le long débat sur les accommodements raisonnables envers les minorités religieuses.

Ce qu’ont réussi des chroniqueurs, surtout Richard Martineau, c’est de faire passer le libéralisme politique pour de la «mollesse identitaire», qui ouvre supposément la porte à un renversement. Pendant la dernière campagne électorale fédérale, Martineau s’est acharné sur Jack Layton et Michael Ignatieff parce que ceux-ci avaient accepté de couvrir leur tête lors de visites dans des temples sikhs.

En plus d’identifier leur couvre-chef comme un «turban», un mot sensible, alors qu’il ne s’agissait en réalité que d’une sorte de foulard, Martineau a complètement omis de mentionner les visites de Stephen Harper dans des temples sikhs, où le chef des Conservateurs a lui aussi porté le même type de foulard.

Mais Martineau ne s’est pas arrêté là. Quelle est la prochaine étape?, demandait-il. Ignatieff et Layton vont-ils porter des boudins pour faire campagne avec les juifs hassidiques? Des plumes sur la tête pour faire du porte-à-porte sur les réserves? Des voiles musulmans?

Les boutons sur lesquels appuie Martineau sont toujours savamment choisis. Chacun est lié à un point de tension spécifique dans la société québécoise. Porteront-ils des masques vaudou et danseront-ils autour de feux de joie pour séduire le vote haïtien?

Martineau a droit à son opinion, mais c’est Quebecor qui a identifié le marché pour celles-ci. C’est Quebecor qui héberge son blogue, imprime ses chroniques et lui donne une tribune quotidienne à la télévision.

Cet été, après les attaques terroristes menées en Norvège par un fondamentaliste chrétien détestant les Musulmans et ayant tué 77 personnes, Martineau rejetait de façon systématique toute comparaison à l’extrémisme musulman.

«Quoi qu’en pensent ces lecteurs, écrivait-il, les terroristes cathos sont des électrons libres, alors que de l’autre côté, on a affaire à une véritable sous-culture de la haine.»

Les Chrétiens, faisait-il valoir, sont victimes des trois quarts de la persécution religieuse dans le monde.

«Contrairement à Breivik, poursuivait-il, qui a agi à titre personnel, les barbus qui se font sauter font partie d’un mouvement international … »

Toujours cet été, Quebecor a mis beaucoup d’emphase sur le fait qu’une employée de Parcs Canada à Québec avait reçu la permission de porter un hijab au travail. En fait, l’organisme gouvernemental comptait se procurer d’autres hijabs et turbans aux couleurs de l’uniforme.

À TVA, on faisait jouer un extrait d’un vidéo de Parcs Canada expliquant que l’uniforme était un élément de fierté et que si les employés souhaitaient y ajouter un élément de nature religieuse, des efforts seraient faits pour standardiser cet accessoire d’un océan à l’autre. Le débat sur la laïcité a été fait sous la forme de commentaires des auditeurs. L’expert invité à analyser en direct était Richard Martineau.

Le jour où Jack Layton est mort, Martineau a prévenu ses lecteurs de ne pas en faire un saint. Après tout, son parti avait déjà présenté une candidate nommée Samira Laouni qui portait le hijab.

Combinez ces attaques vitrioliques et cette paranoïa et vous obtenez un portrait du Québec qui vous rend perplexe. Avant d’y emménager en 2007, je voyais le Québec comme une sorte de province sœur de la Colombie-Britannique: une société libérale et soucieuse de l’environnement. Un endroit avec un système universel de garderies, beaucoup de femmes dans des rôles importants, un mouvement contestataire actif, des institutions publiques bien financées et une culture forte, vibrante et progressive. J’y ai trouvé toutes ces choses, en plus d’un remarquable esprit de curiosité et d’inclusion.

Mais il suffit de passer un peu trop de temps à consulter du contenu produit par Quebecor pour en émerger convaincu que le Québec est un nid pourri de corruption, au bord de la décadence. Une île isolée par une mer d’anglophones hostiles, des bateaux pleins de terroristes suicidaires n’attendant que l’occasion d’accoster. Une petite tribu homogène, menacée d’extinction, qui n’a pour seule issue que de se couvrir d’un drap de «culture». Une culture composée de divertissement produit par Quebecor. Une bulle hermétique peuplée de célébrités maison et, un jour, de joueurs de hockey.

En fait, rien de tout cela n’est particulièrement vrai. Le Québec n’est pas un endroit désespéré. Mais cultiver l’angoisse est devenu une recette pour générer des profits et du pouvoir.

La deuxième partie sera publiée demain. Elle raconte l’histoire d’un parti politique qui a choisi ce sentier de la peur et du négativisme. Le printemps dernier, le Parti Québécois a sacrifié quelques-uns de ses derniers principes afin d’obtenir un bail d’aréna à rabais pour Quebecor. Le geste leur a explosé au visage et cinq de ses députés les plus proéminents ont quitté, dégoûtés. J’ai parlé à un homme qui affirme préférer l’intérêt public à sa carrière.

La troisième partie s’intéresse au pouvoir des sondages et à la façon dont les politiciens sont manipulés par les médias. Je m’intéresse aussi aux opérations de Quebecor au Canada anglais et aux leçons qu’en tirent les autres entreprises de télécommunications. La dissertation se termine avec une réflexion sur l’état du débat public dans les médias canadiens.

Until Thursday, I was CTV’s Quebec City Bureau Chief, based at the National Assembly, mostly covering politics. It’s a fascinating beat – the most interesting provincial legislature in Canada, and the stories coming out of there lately have been huge. The near-implosion of the Parti Quebecois has kept the press gallery hopping well into summer. If you’re not from Quebec, it’s hard to explain the place the National Assembly holds in the popular imagination – but suffice to say that within francophone journalistic circles it carries more prestige than Parliament Hill. I had the privilege to be working next to several of the sharpest reporters in the country.

Fred Biss in Labrador

The city is beautiful, ancient, and a great place to learn French. As master and commander of my own little outpost, I had significant editorial control over what I covered and how I treated it – granted, within a recognizable TV news formula. My bosses trusted and encouraged me, my colleagues at the station in Montreal were supportive and fun to work with, and my closest collaborator, cameraman/editor Fred Bissonnette, quickly became a close friend.

I was a full-time employee making good money, with comprehensive benefits and retirement options (I was even lucky enough to be hired before Bell bought CTV and began clawing back some of those expensive perks.) It was what I would qualify as a “great job,” especially for a 24-year old. Many of you told me how proud you were of my quick climb. But there was a growing gap between the reporter I played on TV, and the person I really am and want to become. I reached my breaking point suddenly, although when I look back now, the signposts were clear.

First day working with Fred in Quebec City - courtesy Thomas de Lorimier

 

Not why I quit my job:

Let me pause for a minute and tell you the reasons for which I did not quit my job. I didn’t quit my job because I had a falling out with anyone at CTV or the National Assembly or in my life outside work. And I didn’t quit my job because it was too hard. It’s true that the position demands responsibility. You have to know what’s happening, what’s important, and deploy your limited resources accordingly (namely, me and Fred). When I went to bed I turned email notifications off on my Blackberry, but I left the ringer on. After all, when you’re the network’s only reporter between Montreal and the Maritimes, they have to be able to reach you. But I would say, humbly, that I didn’t just meet expectations – I excelled. In everything I was asked to do, I performed consistently at a level above my experience. We made some good TV. So I didn’t quit my job because I felt frustrated or that my career was peaking. I quit my job because the idea burrowed into my mind that, on the long list of things I could be doing, television news is not the best use of my short life. The ends no longer justified the means.

Indulging a PETA protestor during the Royal Visit - courtesy Francis Vachon

 

Of television news:

I’m trying to think of the reporters I know who would do their job as volunteers. The people who feel so strongly about the importance and social value of the evening news that, were they were offered somewhere to sleep, three meals a day, and free dry-cleaning – they would do that for the rest of their days. I’m not saying those people don’t exist, but such zeal is scarce. People do the job for all kinds of reasons. A few are raging narcissists. Many have kids to feed and mortgages to pay. Most believe they are fighting the good fight, if indirectly. In my case, I discovered it was something I was good at, I could see the potential to get better, and in the meantime, people were willing to trade me a lot of money to put the other things on hold. But even though I had the disposable income, I never bought a television. I was raised without one, and once I moved out on my own I decided I didn’t want one in the house.

TV news is a curious medium. You don’t always know whose interests are being served – or ignored. Although bounded by certain federal regulations, most of what you see in a newscast is actually defined by an internal code – an editorial tradition handed down from one generation to the next – but the key is, it’s self-enforced. Various industry associations hear complaints and can issue recommendations, or reward exemplary work with prizes. There are also watchdogs with varying degrees of clout. But these entities have no enforcement capacity. Underneath this lies the fact that information is a commodity, and private TV networks are supposed to make money. All stations, publicly funded or not, want to maintain or expand their viewership. This is what I’ll call the elephant in the room.

Consider Fox News. What the Murdoch model demonstrated was that facts and truth could be replaced by ideology, with viewership and revenue going up. Simply put, you can tell less truth and make more money. When you have to balance the interests of your shareholders against the interests of the viewers you supposedly serve, the firewall between the boardroom and the newsroom becomes a very important bulwark indeed. CTV, in my experience, maintains high standards in factual accuracy. Its editorial staff is composed of fair-minded critical thinkers. But there is an underlying tension between “what the people want to see” and “the important stories we should be bringing to people”. I remember as the latest takeover was all but finalized, Bellmedia executives came to talk about “growing eyeballs” in the “specialty channels”. What they meant was, sports are profitable – so as long they keep raking in cash, we can keep funding underperforming assets like our news division. (The same dynamic exists at the CBC, by the way.)

Certainly it would be a poor move, optics-wise, to make cuts in local news. For some reason job losses and factory closures in the media sector tend to generate a lot of coverage. But at every network, the bean counters are looking at a shrinking, aging audience (fixed incomes are harder to sell to advertisers) and there is intense pressure to keep the numbers up.

Human beings don’t always like good nourishment. We seem to love white sugar, and unless we understand why we feel nauseated and disoriented after binging on sweets, we’ll just keep going. People like low-nutrition TV, too. And that shapes the internal, self-regulated editorial culture of news.

Take newsroom aesthetics as an example. I admit felt a profound discomfort working in an industry that so casually sexualizes its workforce. Every hiring decision is scrutinized using a skewed, unspoken ratio of talent to attractiveness, where attractiveness often compensates for a glaring lack of other qualifications. The insecurity, self doubt, and body-image issues endured by otherwise confident, intelligent journalists would break your heart. And clearly there’s a double standard, a split along gender lines. But in an environment where a lot of top executives are women, what I’m talking about applies to men as well. The idea has taken root that if the people reporting the news look like your family and neighbours, instead of Barbie and Ken, the station will lose viewers.

Looking tired in Chibougamau

 

The problem with the CBC:

Aside from feeling sexually attracted to the people on screen, the target viewer, according to consultants, is also supposed to like easy stories that reinforce beliefs they already hold. This is where the public broadcaster is caught in a tough spot. CBC Television, post-Stursberg, is failing in two ways. Despite modest gains in certain markets, (and bigger gains for reality shows like Dragon’s Den and Battle of the Blades) it’s still largely failing to broadcast to the public. More damnably, the resulting strategy is now to compete with for-profit networks for the lowest hanging fruit. In this race to the bottom, the less time and money the CBC devotes to enterprise journalism, the less motivation there is for the private networks to maintain credibility by funding their own investigative teams. Even then, “consumer protection” content has largely replaced political accountability.

It’s a vicious cycle, and it creates things like the Kate and Will show. Wall-to-wall, breaking-news coverage of a stage-managed, spoon-fed celebrity visit, justified by the couple’s symbolic relationship to a former colony, codified in a document most Canadians have never read (and one province has never signed). On a weekend where there was real news happening in Bangkok, Misrata, Athens, Washington, and around the world, what we saw instead was a breathless gaggle of normally credible journalists, gushing in live hit after live hit about how the prince is young and his wife is pretty. And the public broadcaster led the charge.

Aside from being overrun by “Action News” prophets from Iowa, the CBC has another problem: the perception that it’s somehow a haven for left-wing subversives. True or not, the CBC was worried enough about its pinko problem to commission an independent audit of its coverage, in which more consultants tried to quantify “left-wing bias” and, presumably using stopwatches, demonstrate that the CBC gives the Conservative government airtime commensurate with the proportion of seats it holds in the House of Commons. Or something like that.

Jon Stewart talks about a “right-wing narrative of victimization,” and what it has accomplished in Canada is the near-paralysis of progressive voices in broadcasting. In the States, even Fox News anchor Chris Wallace admitted there is an adversarial struggle afoot – that, in his view, networks like NBC have a “liberal” bias and Fox is there to tell “the other side of the story.” Well, Canada now has its Fox News. Krista Erickson, Brian Lilley, and Ezra Levant each do a wonderful send-up of the TV anchor character. The stodgy, neutral, unbiased broadcaster trope is played for jokes before the Sun News team gleefully rips into its targets. But Canada has no Jon Stewart to unravel their ideology and act as a counterweight. Our satirists are toothless and boring, with the notable exception of Jean-René Dufort. And on the more serious side, we have no Keith Olbermann or Rachel Maddow. So I don’t see any true debate within the media world itself, in the sense of a national, public clash of ideas. The Canadian right wing, if you want to call it that, has had five years to get the gloves off. With a majority Conservative government in power, they’re putting on brass knuckles. Meanwhile the left is grasping about in a pair of potholders. The only explanation I can think of is they’re too polite, or too scared. If it’s the latter, I think it’s clear enough why.

First stop after leaving Montreal on Tuesday

Coming out of the closet:

I have serious problems with the direction taken by Canadian policy and politics in the last five years. But as a reporter, I feel like I’ve been holding my breath. Every question I asked, every tweet I posted, and even what I said to other journalists and friends had to go through a filter, where my own opinions and values were carefully strained out. Even then I’m not sure I was always successful, but I always knew at the CBC and subsequently at CTV that there were serious consequences for editorial. Within the terms of my employment at CTV, there was a clause in which the corporation (now Bellmedia) literally took ownership of my intellectual property output. If I invented a better mouse trap, they owned the patent. If I wrote a novel, they got a cut. Rhymes on the back of a napkin? Bellmedia is hip to the jive, yo. And if I ever said anything out of line with my position as an “objective” TV reporter, they had grounds to fire me. I had a sinking feeling when I first read that clause, but I signed because I was 23 and I wanted the job. Now I want my opinions back.

I’ll say off the bat that my views don’t completely mesh with any one political party. I’m not a partisan operative and I never was. Fiscally, I believe a government should be conservative. Caution seems like a good thing in stewarding the public purse. At the same time, I believe we should be taxed according to our capacity and that revenue invested, sometimes massively, in projects for the public good. Under those criteria, I see no sense in buying stealth fighters more than a decade after the Cold War, or building bigger prisons when crime rates are decreasing. If we have that kind of capital to spend, it should go on high-speed rail or renewable energy infrastructure.

On what we call the “social issues,” I think a government ought to err on the side of keeping its mouth shut. If a woman needs to get an abortion or a gay couple wants to get married, one minister’s opinion shouldn’t be relevant. If a theatre festival wants to explore home-grown terrorism or an arm’s-length agency criticizes a military ally, there better be a damn good justification for yanking their funding. And when science debunks ideology, reason should be allowed to prevail in determining public policy.

A caution: there are a number of small-c and big-C conservatives that I like a lot. My grandfather, for example. Or any number of federal staffers and MPs. But those blinded by tribal partisanship might not like what I have to say.

Right now, there’s a war going on against science in Canada. In order to satisfy a small but powerful political base, the PMO is engaged in a not-so-clandestine operation to dismantle and silence the many credible opponents to the Harper doctrine. Why kill the census? Literally in order to make decisions in the dark, without the relevant data. Hence the prisons. Why de-fund scientific research? Because whole branches of the natural sciences are premised on things like evolution, a theory the minister responsible made it clear he doesn’t understand – and likely doesn’t believe in. Why settle for weak platitudes on climate change? Because despite global scientific consensus, elements of the Conservative base don’t believe human activity could warm the planet. Centuries of rational thought and academic tradition, dating back to the Renaissance, is being thrown out the window in favour of an ideology that doesn’t reflect reality.

Meanwhile, we’re wrapping up a real war, one that invites us to take stock of where we stand in the world ten years after it began. When I joined the infantry reserve, I asked about the possibility of volunteering for a peacekeeping mission (a practice this country invented). I was told by the warrant officer I spoke to that with all available resources tied up in Afghanistan, indefinitely, I could forget about wearing a blue beret.  One Conservative campaign ad told us Canada is a “courageous warrior,” and yet we lost our seat at the UN Security Council. The Canada whose values I thought I was signing up to promote and defend is increasingly unrecognizable from an international vantage point.

We have withdrawn from humanitarian projects because aspects might offend Evangelists back home. We have clung so tightly to our US allies overseas that we figure on lists of terrorism targets where we didn’t before. We are deporting people to be tortured and closing our borders to the family members of foreign professionals. We have become, in Mr. Harper’s characterization, an island. A sea of troubles lapping at our shores. In other words, we are closing the harbours when we most need to be building bridges.

On climate change, the conclusion I am forced to draw is that the current federal government has completely abdicated its responsibility. The message to my generation is: figure it out yourselves. The dogmatic refusal to accept that people have created this crisis and people must do what they can to avert it reminds me of the flat-earth crew. Except this time, we really are going to sail off the edge. We need to be recruiting international scientists, funding research, stimulating the green economy, legislating disincentives to fossil fuel use, and most importantly, reaching out and building alliances with the countries who are already taking a proactive stance. As an Arctic nation – a country of inventors, diplomats, and negotiators, we should be taking the lead in brokering global accords that might save the world as we know it. Instead we are closing ourselves off, alienating our neighbours, and looking inward, to our past achievements. In the interests of short-term political gain, and medium-term profits for energy companies, Conservative politicians are abandoning my generation and any that hope to come after.

Meanwhile, the people who are supposed to be holding decision makers to account are instead broadcasting useless tripe, or worse, stories that actively distract from the massive projects we need to be tackling instead of watching TV.

Next steps:

What I need is to better myself spiritually, physically, and intellectually, so I can effect meaningful change in the world around me. I don’t know yet where this impulse will take me, but I know I can’t go back to working parallel to the real problems, hiding my opinions and yet somehow hoping that one viewer every night might piece together what I wanted to say. I thought if I paid my dues and worked my way up through the ranks, I could maybe reach a position of enough influence and credibility that I could say what I truly feel. I’ve realized there’s no time to wait.

If storytelling turns out to be my true passion and the best use of my skills, then I’ll continue down that path. If elder care, academia, agriculture, activism, art, education, Budo, or as-yet unforeseen pursuits turn out to make the flame burn brighter, I’ll make the switch, or do them all. I’m willing to work with anyone of any religion or political stripe, if they’re sincere about doing what it takes.

Right now I need to undertake a long-delayed journey of personal discovery. Having given away all the possessions that didn’t fit into my truck, I’ve set out on the road again, heading West. I know I need to go home for a while. I need to surround myself with family and friends. I need to consult, meditate, and plan the next steps.

I’m broke, and yet I know I’m rich in love. I’m unemployed and homeless, but I’ve never been more free.

Everything is possible.